Le JAL : Trajectoire d’une alternative dans un « coin de pays » en décroissance


Commune de Lejeune (2014)

Au Canada, dans la province de Québéc et plus précisement dans la région du Bas-Saint-
Laurent sont allignées trois communes : Saint-Juste-du-Lac, Auclair et Lejeune – plus connues
sous l’acronyme du JAL.


Le JAL, du contexte national à la situation territoriale locale

L’organisation et le fonctionnement de ces communes, tout comme ceux des
établissements canadiens contemporains sont le fruit de quatre siècles de « marches de
peuplement » (Simard, 2012), qui depuis l’aube du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle se
traduisirent par l’expansion de l’oecoumène du territoire du Canada – pour ne pas dire son
anthropisation. En 1608, des colons français s’installent entre les vallées et les rives du fleuve
Saint-Laurent, au détriment des populations autochtones. Ils fondèrent des établissements, dont
les plus fameux : Québec, Trois-Rivières et Montréal, de manière stratégique, à proximité de terres
fertiles et sur un axe de communication fluvial. En moins d’un siècle et demi, les pourtours du
Saint-Laurent sont habités, des villes construites en s’appuyant sur les ressources locales, les
vastes forêts mixtes de l’actuelle province de Québec notamment.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la traction animale, puis rapidement le chemin de
fer vont permettre d’exploiter de nouvelles contrées, s’installe alors des entrepreneurs industriels
attirés par une ressource maintenant accessible : le bois. Mais il faut attendre l’entre-deux-guerres
et une dépression économique pour que le Témiscouata, qui comptait moins de 10 000 habitants,
connaisse un essor aussi intense que soudain. En effet, le gouvernement a décidé d’inciter les
populations aux chômages à coloniser des réserves foncières et forestières. Des lots sont
distribués, des aides pour le défrichement et la construction, la mise en place d’infrastructures,
d’équipements et de services – « en quelques années, un coin de pays émerge littéralement de la
forêt » (Deschênes & Roy, 1994).

Puis, tout se délite. Le territoire du Témiscouata se voit rapidement marginalisé au sein du
Québec, et a fortiori, du Canada, si bien qu’en 1971 sa population a diminué pour atteindre 27 225
habitants, soit une baisse de 25 % depuis le pic de la seconde moitié du XXe siècle. Outre ce
processus de dépeuplement on constate : une baisse des activités économiques ; une
paupérisation et le vieillissement des populations ; la formation de friches ou la constitution de
stock de commerces et de logement vacants, mais c’est aussi l’érosion des finances locales, ou
bien encore l’altération des réseaux (Simard, 2018).

Pour répondre à ces problématiques et dans le sillage de la Révolution tranquille
québécoise, le Bureau d’aménagement de l’Est du Québéc (BAEQ) est fondé en 1963. Son
objectif: concevoir un plan pilote d’aménagement et de développement. En 1966, le BAEQ livre
son travail, le tout en 10 volumes, 2048 pages, six objectifs et 250 recommandations. Dans cet
épais rapport aux consonances technocratiques, on soulignera le dernier mais aussi le plus
controversé des objectifs : « la structuration rationnelle de l’espace régional : urbanisation par la
consolidation de pôles d’attraction et fermeture de paroisses marginales » (BAEQ, 1966).
Puis, en 1970 suivra le rapport MÉTRA, qui livra comme conclusion de fermer non moins
de 96 localités « économiquement non rentables et socialement non viables », ce qui nécessiterait
la migration de 64 446 personnes.

Ces annonces provoquèrent des mobilisations de la population concernées, et ce
notamment dans le Bas-Saint-Laurent. Très rapidement, avec la volonté des habitants et l’énergie
mobilisatrice de figures locales telles que des travailleurs forestiers, des fonctionnaires et prêtres,
d’importants mouvements sociaux émergèrent : les Opérations Dignités. Ces manifestations se
cristallisèrent en des entités collectives et locales qui visaient de manière aussi généreuse que
générale « une autonomie locale à la recherche d’un mieux-être collectif » (MAC, 1972). C’est
depuis ces constats que la coopérative du JAL fut instituée en 1973, fédérant les trois collectivités
du Témiscouata : Saint-Juste-du-lac, Auclair et Lejeune. Le JAL, qui constitue la coopérative-mère,
agrégea des activités et des comités plus ou moins indépendants, autour de huit secteurs :
agriculture, artisanat, foresterie, industrie, information, services, social et tourisme. Cette initiative
de transition qui vit le jour dans une campagne urbaine en décroissance avait un objectif clair et
précis, assurer la gestion durable, ou intégré en bon québecois, de l’ensemble des ressources du
territoire, en mettant l’accent sur l’animation et l’implication des habitants dans le projet.

Commune de Saint-Juste-du-Lac (2014)

De nos jours, la coopérative, ainsi que la plupart de ses structures et ses activités, existent
encore, mais l’engagement collectif a tendance à se dissiper, et le territoire jalois comme le
Témiscouata est toujours en proie au dépeuplement, à la fermeture des écoles et des commerces
de proximité, aux suppressions de lignes ou d’arrêts de bus, aux difficultés économiques multiples
et au vieillissement de sa population. Aujourd’hui, les collectivités misent sur le tourisme dit
durable.

Le JAL n’est pas un modèle, mais une tentative de transition qui a vu le jour à une époque
et dans un contexte particulier, et dont les effets se sont avérés relatifs sinon nuls. Pour autant, il
s’agit d’un projet d’individus vivants dans un territoire marginalisé, qui prennent conscience
collectivement que pour s‘en sortir, ils n’ont d’autre choix que de s’opposer à la rationalité
dominante de développement, et d’en proposer une autre. Nous proposons donc de problématiser
notre étude de cas de la manière suivante : dans quelle mesure et de quelle manière, l’expérience
alternative du JAL a-t-elle engagée son territoire et son aménagement dans une transition ?
Notre enquête s’attachera à appréhender finement la trajectoire de mutation du projet
jalois, pour apprécier ses réussites et ses échecs, ses potentialités et ses limites, dans une
perspective de transitions. Pour faire émerger les réalités actuelles propre à notre sujet nous nous
appuierons sur des matériaux divers : études bibliographique et statistique ; traitements
cartographiques ; observations in situ ; entretiens semi-directifs avec des habitants restés dans ce
coin de pays, mais aussi avec des personnes qui sont partis pour la ville ; entretiens avec des
acteurs plus institutionnels, d’une part des élus et techniciens des collectivités territoriales
fédérales, régionales et locales, et d’autre part des enseignants-chercheurs de l’Université Laval à
Québec, de l’Université de l’Est-Québec ou encore du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le
développement régional, de l’Est du Québec (GRIDEQ).


Sur la route du JAL (2014)

Synthèse du forum « Grands Evénements Sportifs et Culturels »

Le 3 octobre dernier, notre Forum annuel portant sur les grands événements sportifs et culturels a eu lieu dans les locaux de la SETEC. Grand moment pour UdM, ce Forum a permis à nos différents stagiaires de partager et d’échanger à propos de leur mission de terrain au quatre coins du monde: Abidjan, Accra, Hué, Pékin, Le Cap, Marrakech, Mexico et Rio de Janeiro. Trois prix ont aussi été remis :

  • Le prix du public revient à l’équipe d’Abidjan, Hélia Chevrant-Breton & Margaux Roche, pour leur travail sur les jeux de la Francophonie à Abidjan;
  • Le prix de l’étude d’une ville francophone revient à l’équipe d’Hué, Sophie Bouferrou & Ghézelaine Moumeni, pour leur travail sur le festival de la ville de Hué;
  • Enfin, le grand prix du forum a été remis à deux équipes arrivées ae exquo, Hué et Rio de Janeiro, Hannah Hasenberger & Isabelle de Kersauson, qui ont travaillé sur le système BRT à Rio.

Vous pouvez retrouver dès maintenant la synthèse de ce forum, écrite et présentée lors du forum par Jérémie Molho, administrateur d’UdM.  L’ensemble des rapports seront rapidement disponibles sur notre site web.

Télécharger la synthèse

Save the date: Forum 2018

Urbanistes du Monde est fier de vous inviter à son forum annuel sur le thème des grands événements sportifs et culturels.

Les huit équipes d’étudiants vous présenteront les conclusions de leur recherche sur les villes d’Abidjan, Accra, Le Cap, Hué, Rio de Janeiro, Marrakech, Pékin & Mexico.

Nos partenaires: La délégation des jeux de Paris 2024, l’AIMF, l’APUR, L’IAU et Agence 360 auront également l’occasion d’exposer leurs analyses sur le thème.

Le forum permettra aussi la remise de 3 prix à différentes équipes dont le prix du public !

Pour s’inscrire c’est ici !

GRANDS ÉVÉNEMENTS SPORTIFS ET CULTURELS

15 étudiants

Cette année UdM suit et encadre le travail de quinze étudiants. Ces derniers passeront au minimum un mois à l’étranger et rédigeront un rapport d’une dizaine de page sur le thème de notre forum 2018: grands évènements sportifs et culturels. Ces rapports seront présentés en octobre lors de notre forum puis disponible sur notre site pour les adhérents de l’association.

3 continents

Nous sommes fiers de vous présenter les travaux de nos stagiaires en Amérique latine et centrale, en Afrique et en Asie !

 8 destinations

Bon voyage à Abidjan, Accra, Huê,  Le Cap, Marrakech, Mexico, Pékin et Rio  !


Beijing – Jeux Olympiques 2008 vs 2022


Rio de Janeiro – Jeux Olympiques et mobilités

 


Marrakech – La COP22 face au développement urbain

Du 7 au 18 Novembre 2016, tous les regards se sont tournés vers la ville de Marrakech qui accueillait la 22ème Conférence des Nations Unies pour le Changement Climatique. Depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, cette conférence universelle offre un cadre global de négociations sur le changement climatique et sur les politiques à mettre en place pour lutter contre ce phénomène.

Le choix de Marrakech pour accueillir cette conférence internationale est loin d’être un choix anodin. Le temps d’une dizaine de jours, Marrakech a été le porte-voix de l’ensemble du continent africain qui apparaît aujourd’hui comme le continent le plus exposé au changement climatique. Bien que l’ensemble des pays africains ne contribue qu’à environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, sept des dix pays les plus menacés par le changement climatique sont en Afrique.

Cependant, la Conférence de Marrakech a surtout été l’occasion d’entamer une véritable transformation urbaine dans le cadre du projet « Marrakech, cité du renouveau permanent », lancé en 2014 par le roi Mohammed VI. Estimé à plus de 78 millions de dirhams, ce projet a pour ambition de transformer la ville ocre en une ville modèle en matière de développement durable que ce soit en terme de transport (service de vélos collectifs, agrandissement du tramway, service de bus électriques), de logement (développement d’éco-cités), d’énergie (panneaux solaires sur les mosquées, nouveaux éclairages urbains) ou d’espaces verts (création de nombreux parcs écologiques en centre-ville).

Mais au-delà de ces projets d’infrastructures dont l’ampleur reste encore assez limitée comme en témoigne le démantèlement de la Canopée qui a accueilli l’événement, nous nous intéresserons également aux politiques mises en place à cette occasion et à la manière dont l’ensemble des acteurs impliqués (élus, commerçants, urbanistes, universitaires, habitants de Marrakech mais également communautés d’étrangers, hôteliers, journalistes etc.) ont pu participer à cet événement et plus globalement au processus de transformation urbaine de la ville de Marrakech.

Harold King et Jules Lemoing


Abidjan- Les jeux de la francophonie

Abidjan est une ville en constant mouvement, des chantiers d’immeubles, de cités, et d’édifices nouveaux se succèdent partout dans la ville. Ces constructions émergent de façon organique dans la métropole. L’espace public est insaisissable, les marchands de rue et les logements informels se développent dans les nombreux interstices de la ville. Abidjan se redéploie après plusieurs années de crise politique. Dans ce cadre, les jeux de la Francophonie peuvent apparaitre à la fois comme une occasion politique de s’affirmer sur la scène francophone, et une occasion urbanistique pour rénover les infrastructures culturelles et sportives délaissée.

En ce sens, la CAN prévue pour 2021 s’inscrit dans une ligne comparable, pour positionner la ville sur l’échiquier panafricain. Néanmoins, la mise à profit des constructions et des rénovations opérées pour les Jeux de la Francophonie s’ancre dans un profond paradoxe : l’ancien village des Jeux peine à trouver une nouvelle vocation, et nombre de bâtiments rénovés devront prochainement être détruits. Notre étude vise ainsi à explorer comment devaient originellement s’articuler les jeux avec les plans urbanistiques de long terme de la ville, et à faire état de leur utilisation actuelle. Ces aménagements sportifs et culturels opérés dans un cadre institutionnel et international contrastent d’ailleurs avec la culture urbaine, où le maracana comme le zouglou se déploient hors les murs des édifices officiels. Notre étude se concentre ainsi sur une facette plus sensible des jeux, en les reliant aux habitants : Quel est leur ressenti, leur désir et leur degré de participation pour ces Jeux de la Francophonie ? Pour qui ces jeux sont-ils pensés, et à qui profitent-ils.

Helia Chevrant-Breton et Margaux Roche


Accra – Coupe d’Afrique des Nations

Événement panafricain très populaire en Afrique, la CAN attire toujours de nombreux visiteurs. Pour recevoir cet événement du 20 janvier au 10 février 2008, Accra s’est transformée, allant de la construction d’un stade à celle de plusieurs axes routiers, d’une nouvelle gare routière et d’hôtels.

Ainsi, à l’heure où Accra s’apprête à recevoir la CAN féminine, comment ont évolué les infrastructures en question ? Continuent-elles de profiter à la ville ? La ville est-elle prête à accueillir une nouvelle CAN en décembre 2018 ? Comment ces évènements intègrent-ils la population locale à court et long terme ? Le CAN 2018 sera-t-elle une occasion de promouvoir les femmes dans la sphère urbaine ?

Au travers l’étude de terrain que nous mènerons cet été à Accra, nous chercherons à répondre à ces questions en analysant l’efficience de ces deux grands événements.
Notre travail se divise en quatre grands points exposés dans le schéma ci-dessus.

Flore Couëdic et Laurie Magimel


Huê – Ville festivale

En phase de développement accéléré et au coeur de nombreux enjeux diplomatiques, le Vietnam tient aujourd’hui à affirmer sa stratégie culturelle à travers l’organisation de divers événements, à l’image du festival international de Huê. Afin de mettre en valeur et de diffuser l’image d’une ville patrimoniale et culturelle au centre du pays, le gouvernement vietnamien a en effet souhaité ériger la ville de Huê – promue patrimoine culturel du monde en 1993 – en « ville festivalière typique du pays », via une politique officielle municipale et gouvernementale. Organisé une fois tous les deux ans pendant une semaine, le festival Huê tend à revaloriser les valeurs culturelles traditionnelles, avec de multiples productions artistiques (musique, théâtre, calligraphique, etc.) et sportives sur plusieurs scènes.

Il parvient aujourd’hui à allier tradition et modernité, mais aussi local et international, puisqu’il ne cesse de se structurer et de prendre de plus en plus d’ampleur, au point de désormais pouvoir bénéficier pleinement du statut de « grand événement culturel ».

Si le festival international de Huê a peu été étudié dans le champ de la recherche, il soulève de nombreux enjeux, aussi bien civiques, environnementaux (la gestion de l’eau notamment), qu’en termes de gouvernance et de retombées économiques et urbanistiques (développement urbain et d’infrastructures). La présente mission vise donc à explorer ces différents enjeux, de multiples enseignements pouvant être tirés de l’analyse de ce festival et de l’expérience qu’il s’est constitué au fil de ses neuf éditions.

Sophia Boufferou et Ghézelaine Moumeni


Le Cap et la Coupe du Monde de football de 2010 : rétrospective

En 2010, c’est la première fois que la Coupe du monde de football se déroule sur le continent africain. Pour le pays organisateur, la Coupe du monde représente un levier de développement économique et d’intégration citoyenne. L’enjeu est en effet crucial en termes de cohésion sociale et de consolidation des identités nationales – et en Afrique du Sud plus qu’ailleurs, cet enjeu a rencontré un écho particulier. Encore aujourd’hui, le pays souffre d’inégalités criantes.

Nous avons choisi comme cas d’étude la ville du Cap, l’une des neuf villes hôtes du mondial de 2010. Ville duale par excellence, le Cap est une métropole côtière de 500 000 habitants où plus de 300 000 touristes se sont rendus lors de la Coupe du monde. En amont, la municipalité y a entrepris d’importants travaux de rénovation urbaine. Notre objectif, dès lors, est d’évaluer ces stratégies d’aménagement et leurs implications socio-spatiales.

De fait, conformément aux logiques observées lors de plusieurs autres mega events, les réaménagements urbains liés à l’accueil de la Coupe du monde n’ont pas permis d’amélioration durable des inégalités et de la cohésion sociale dans le pays hôte mais au contraire, ont surtout renforcé l’inscription spatiale des clivages de classe et de race dans les espaces urbains – à commencer au Cap. La construction de nouvelles infrastructures et de logements s’est traduite par l’expulsion de nombreux habitants. Nous souhaitons ainsi réfléchir au coût social des politiques de « modernisation » des villes pour l’accueil d’un événement comme la Coupe du monde, notamment pour les populations les moins favorisées et les moins influentes face à la puissance publique.

Paul Cukierman et Evelyne Offroy


Mexico – Formula E un pari vers le développement durable

Située à 2000 mètres de hauteur, Mexico est une des métropoles les plus importantes au niveau mondial. Au niveau national, il s’agit du centre économique, culturel et financier du pays, concentrant 20% du PIB national. Suivant la volonté d’engagement avec la révolution technologique des smart cities, la ville prit part à la Formula E dans sa cinquième édition en 2015. Le ePrix a eu lieu en Mars 2016 dans l’historique Autodromo Hermanos Rodriguez, et cette année la ville a reçu encore une fois cet événement sportif.

Dans ce cadre, nous étudions l’impact de ces évènements sportifs sur la société civile et le gouvernement local. Aussi, nous comprenons le sujet de la Formule E comme un nouveau paradigme pour les évènements sportifs durables en considérant qu’il n’y a pas eu un grand développement en termes d’infrastructure.

Pour répondre à ces questions, il faudra interroger les acteurs clés dans la gouvernance d’une grande ville, comme dans la société civile, le gouvernement local, et chez acteurs privés et académiques dans le domaine de la mobilité et du transport.  Notre but est de comprendre si un événement comprenant moins d’infrastructure afin réduire l’impact environnemental est néanmoins, capable de créer du développement et de l’innovation durable.

Carlo Epifanio et Macarena Gonzalez

UNE PREMIÈRE RENCONTRE INSTRUCTIVE ET CONVIVIALE POUR PRÉPARER L’ATELIER

C’est dans les locaux de Sciences Po qu’a eu lieu le 12 mai dernier la rencontre de préparation d’Urbanistes du Monde à l’atelier de design urbain organisé par l’UQAM à Rio, du 28 mai au 10 juin.

Retrouvez à partir d’aujourd’hui le résumé au quotidien de l’atelier réunissant le groupe des étudiants de l’UQAM (Québec), le groupe de travail d’Urbanistes du Monde (France) et le groupe d’étudiants de la UFF et la UERJ (Brésil). 

BIENVENUE SUR LE BLOG DE L’ATELIER RIO !

Cet été, UdM a participé à l’organisation d’un atelier international d’urbanisme tenu à Rio, en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université Fédérale de Fluminense (UFF). Il s’est agi, pour les participants, de prendre la mesure des problèmes posés par la transformation de la ville suite aux Jeux Olympiques de 2016, et d’apporter des solutions innovantes.

 

ATELIER RIO – LE BOUQUET FINAL

Au terme d’un séjour déjà riche en souvenirs, les participants québécois, brésiliens et français ont travaillé dur pour produire des idées et scénarios innovants pour la zone portuaire de Porto Maravilha. Ils se sont pour cela inspirés de l’ensemble de leurs visites au cours du voyage ainsi que des indications précieuses fournies par les intervenants, pour la plupart chercheurs et universitaires cariocas. L’atelier international s’est donc clos le vendredi 10 juin après-midi avec la présentation des rendus finaux par les participants, suivie d’un cocktail célébrant les nouvelles amitiés et perspectives créées au cours de ces deux semaines.

JOUR 7 : DERNIÈRES PROMENADES AVANT LE DÉBUT DES TRAVAUX EN GROUPE

JOUR 6 : JOURNÉE DES ORISHAS

 
 
 

Atelier Rio – Jour 5 : retour au centre

 

JOUR 5 : DÉCOUVERTE DE LA PEDRA DO SA 

Le voyage prend une tournure plus précise en ce cinquième jour avec la visite de l’Institut dos Pretos Novos, lieu hautement symbolique de l’histoire afro-brésilienne et espace d’accueil pour l’atelier, qui commence mardi. Nos étudiants ont eu l’honneur et l’émotion de rencontrer un nouveau personnage hors-norme : Mãe Mari, une mère des saints, figure d’autorité religieuse dans le candomblé -le culte africain importé au Brésil par les esclaves.

 

Pointe-à-Pitre et Doha

Les fiches villes/pays visent à identifier, les problématiques spécifiques liés à la mémoire de l’esclavage, et les initiatives qui ont été menées pour traiter de ce passé. 

Retrouvez nos premières fiches sur Pointe-à-Pitre et Doha: 

Pointe-à-Pitre, Guadeloupe (Par Edwin Jalentin)

Cette fiche présente l’histoire et les traces urbaines de l’esclavage à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Elle présente le Mémorial ACTe, édifié au bord de l’eau, sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier, où l’on pratiquait encore le travail forcé au XIXe siècle. Le Mémorial ACTe explique l’histoire de la traite et de l’esclavage, de l’Antiquité à nos jours et constitue aussi un centre d’expression culturelle et artistique.

Doha, Qatar (Par Jérémie Molho)

Moins connue que la traite transatlantique, la traite des esclaves a néanmoins existé dans la péninsule arabique, et en particulier au Qatar où l’esclavage n’a été aboli qu’en 1952. La maison Bin Jelmood, un musée de l’esclavage, a été inaugurée en 2015 dans le cadre de la phase 1 du projet Msheireb, un vaste projet de régénération urbaine au cœur de Doha. Elle donne à voir l’histoire et la mémoire de l’esclavage, et aborde l’enjeu de l’esclavage moderne.

Répondez à notre questionnaire pour nous aider à préparer plus de fiches:

 

Présentation

Mémoire douloureuse, l’esclavage constitue de manière croissante un enjeu urbain. Exhumer les traces du commerce des esclaves, les mettre en valeur, pour rendre hommage aux victimes, apparaît comme une nécessité. Le risque de la destruction des traces de l’esclavage n’est plus seulement dû à l’incapacité de regarder de face les plaies du passé. Il relève désormais, à l’heure où l’urbanisation s’étend à une vitesse effrénée, d’un problème de gouvernance urbaine.

Voilà un enjeu autour duquel se trouvent réunis les villes de la traite dans leur diversité, en Afrique, mais aussi en Europe, dans les Amériques, les Caraïbes ou encore l’océan Indien. Pour les villes européennes, comme Bordeaux, Nantes, Bristol, Liverpool, la mémoire de l’esclavage est avant tout la reconnaissance d’une responsabilité historique dans le système de la traite. En Afrique, la mémoire de l’esclavage fait partie de l’une des composantes les plus sombres de l’héritage colonial. Des projets emblématiques ont vu le jour, sur l’île de Gorée, au large de Dakar, à Badagry, non loin de Lagos, ou encore à Ouidah au Benin. Enfin, aux Amériques et dans les Caraïbes, dans les villes où de nombreux habitants sont descendants d’esclaves, cette histoire, souvent refoulée, resurgit parfois à la faveur de transformations urbaines, comme dans le projet de Porto Maravilha à Rio.

L’ONG Urbanistes du Monde met en réseau des professionnels de l’urbain et des territoires à travers le monde, au service d’une ville durable, juste et innovante. En 2017, Urbanistes du Monde aborde la question de la mémoire de l’esclavage, à travers l’organisation d’un atelier de design urbain à Rio. A la suite de cet atelier, l’ONG s’engage dans la formation d’un réseau de villes pour la mémoire de l’esclavage.

Ce projet a pour but la création d’un réseau global, d’échanges, de recherche et d’actions, avec trois objectifs:

  • Interroger la manière dont la mémoire de l’esclavage peut être inscrit dans les politiques urbaines.
  • Faire des propositions d’actions concrètes qui permettront de valoriser les traces et la mémoire de l’esclavage.
  • Promouvoir des collaborations entre villes, chercheurs, acteurs du patrimoine et du développement urbain.

Ce réseau mènera principalement deux types d’actions :

  • La constitution d’une banque des savoirs et d’une plateforme de réflexion sur le sujet et sur ces villes
  • L’organisation d’un atelier urbain international annuel, articulé avec un cours en ligne, d’où sortiront des propositions concrètes pour ces villes.

Forum 2017 – Nos stagiaires en Amérique Latine

 

BRÉSIL, ARGENTINE ET MEXIQUE : NOS STAGIAIRES EN AMÉRIQUE LATINE

 

La gestion partagée des espaces publics de São Paulo

Elise Havard dit Duclos (EUP)

 

La conférence Habitat III tenue à Quito a redéfini l’espace public, autour de critères d’accessibilité, comme un des enjeux principal de la production de la ville. Cette ambition de créer, à travers la production d’espaces accessibles à tous, une ville plus inclusive et vivable, fait face à un manque latent de financements locaux.

 

C’est dans ce cadre que s’inscrivent les récentes initiatives de la préfecture de Sao Paulo, au Brésil, qui met en place différents types de co-gestion grâce à des outils que le secteur privé et la société civile peuvent s’approprier.

 

Cette recherche s’attache à étudier les programmes « Adopte une place » et les « Parklets », deux outils qui ont donné lieu à des stratégies d’appropriation variées, comme une plateforme collaborative dont le fonctionnement est détaillé dans le schéma ci-dessous.

 

Ces processus seront analysés tant du point de vue des acteurs, leur   mise en relation progressive, mais de plus en plus durable et diversifiée, que des usages, l’impact sur l’espace et les représentations. Cette thématique parait d’autant plus fondamentale à la lumière des projets de privatisation très ambitieux, et non sans impacts sur la ville, du nouveau préfet Joao Doria. 

Le financement de l’agriculture à Rosário

Clara Moreau (Sciences Po)

Le Programme d’Agriculture Urbaine (PAU) mis en place par la municipalité de Rosario (Argentine) lui a valu de remporter le Prix international des meilleures pratiques, administré par UN-Habitat en 2004. Il s’agissait à l’origine de fournir aux populations en situation de précarité économique, sociale et alimentaire les moyens matériels de subvenir à leurs besoins et de dégager des revenus en leur confiant l’exploitation de terrains municipaux situés en périphérie de la ville.

Si elle était originellement défendue par des acteurs associatifs, l’agriculture urbaine a fait l’objet d’une politique municipale volontariste depuis 2002. Aujourd’hui, le programme d’agriculture urbaine ne constitue plus seulement un palliatif aux conséquences des crises économiques, mais vise à devenir une véritable alternative de développement économique et social endogène.

Le programme implique différents acteurs (associations, entreprises, organisations gouvernementales, universités) qui ont développé des actions en amont (sensibilisation, développement d’un réseau de villes sur la question de l’agriculture urbaine…) et en aval (commercialisation des produits, création d’une marque). 

Le financement de ce programme est alimenté par différentes sources, qui permettent de garantir la diversification des fonds et la pérennisation du programme, dans l’optique de mettre en place une économie circulaire intégrée.

Le financement des projets de mobilité à México

Kévin Sundareswaran et Rodolfo Hernandez (Sciences Po)

México. Plus de 20 millions d’habitants dans une zone urbaine d’environ 185km². Une ville dense et qui s’étend très rapidement. Dans ce contexte d’urbanisation et d’extension rapide de la ville, la mobilité présente un enjeu de taille pour cette grande métropole d’Amérique latine. Et, comme dans beaucoup d’autres villes du Sud, il existe une difficulté persistante à financer les projets urbains de la ville.

Notre intérêt pour México est parti d’un projet mené récemment par ONU Femmes dans la ville. Il s’agit d’un projet qui vise à sécuriser les transports en commun de la métropole de México pour les femmes et filles habitant ou transitant dans la ville. Notre projet est parti de cet intérêt pour s’intéresser plus largement au financement des transports et de la mobilité de la ville.

Notre étude s’intéressera aux acteurs et aux différents mécanismes de financement impliqués dans ces projets mais également aux impacts qu’ils peuvent avoir sur la sécurité, priorité du gouvernement local, mais aussi sur la réhabilitation de l’espace public, l’intégration sociale, l’activité économique ou encore le changement climatique.

L’étude que nous mènerons aura pour but également de voir quelles difficultés sont rencontrés pour le financement et quelles solutions sont trouvées pour pallier à ces difficultés.

Forum 2017 – Des nouvelles de México

À MÉXICO, ENQUÊTE SUR LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES DANS LES TRANSPORTS PUBLICS

par Kévin Sundareswaran et Rodolfo Hernandez (Science Po)

Quiconque s’élance dans les rues du centre historique de México ou sur les gigantesques avenues Insurgentes ou Paseo de la Reforma s’apercevront vite, au-delà du traffic routier très dense, de la présence d’une quantité impressionnante de bus et de micro-bus dans la ville. Et à cela s’ajoutent les multiples lignes de métro de la ville. Les transports publics de México sont empruntés par environ 8 millions de passagers par jour.

Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville

Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville

Dans ce contexte d’utilisation très importante des transports publics, la violence envers les femmes dans la ville de México est un sujet de préoccupation de taille pour le gouvernement de la ville. En effet, un peu plus de la moitié des femmes qui utilisent les transports publics auraient été victimes au moins une fois dans leur vie de quelconque type de violence sexuelle.

Avant 2007, la question de la violence envers les femmes dans la ville n’étant pas taclée par le gouvernement local, des organisations de la société civile ont uni leurs forces pour initier un processus d’analyse de l’assignation des fonds pour répondre aux besoins des femmes. Cela a poussé le gouvernement à mettre les problématiques de genre au cœur des enjeux de la ville.

            En 2007, le lancement du programme du gouvernement Viajemos Seguras, initié par l’institution publique Inmujeres, a eu pour but de lutter contre la violence envers les femmes en sécurisant les transports publics de la ville. Surveillance dans les lignes de métro les plus empruntées, police féminine, espaces réservés aux femmes, réseaux de bus exclusifs. Le gouvernement local a fait des efforts significatifs en termes d’infrastructures et de dispositifs.

Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México

Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México

 

Mais malgré des signes encourageants du programme, les chiffres restent très préoccupants. La croissance rapide de la population ainsi que l’augmentation du flux de passagers ne facilitent pas la tâche. De plus, le gouvernement de la Ville de México semble incapable de soutenir les efforts financiers nécessaires. Par manque de fonds mais aussi par manque d’outils normatifs contraignants. Seule une infime partie du budget de l’entité fédérale de México est allouée aux problèmes de genre et ces fonds alloués ne sont pas utilisées efficacement.

L’engagement d’ONU Femmes dans le monde pour « Des villes et espaces publics sûrs » a tenté d’apporter une nouvelle dimension au projet. Son implantation en 2015 dans la ville de México semble être un avantage de taille pour le gouvernement de la ville. Le soutien apporté par ONU Femmes permet au gouvernement local de poursuivre ses efforts en termes de réduction de la violence envers les femmes.

La production par ONU Femmes d’une étude récente sur la violence envers les femmes, en collaboration avec le Colegio de México et le Gouvernement de la CDMX, a permis une mise à jour sur cette thématique mais également de mettre en lumière les limites des projets de sécurisation des transports publics et de trouver des solutions plus efficaces aux problèmes. Cette étude est financée en partie par les fonds publics mais aussi par des fonds récoltés par ONU Femmes auprès de différentes agences internationales, notamment l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID).

Le lancement récent d’une campagne de sensibilisation au problème dans le métro, en collaboration avec ONU Femmes, avec des affiches, des vidéos sur Internet ainsi que des hash tags sur les réseaux sociaux ont permis de faire entrer le programme du gouvernement dans une nouvelle dimension. Début 2016, le relancement du programme Viajemos Seguras est le signe d’un renouveau. Et cela est dû en grande partie à la contribution d’ONU Femmes à une approche différente du programme. Le programme Viajemos Seguras a été intégré à un programme plus large et plus complet que le programme initial.

Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »

Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »

Mais ce qu’ONU Femmes apporte de particulièrement innovant est l’appui pour un financement intégré et transversal des projets en direction des femmes. Ce point ne porte pas nécessairement sur les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes sinon sur l’ensemble des projets visant à réduire la violence envers les femmes dans la ville et à progresser vers une ville plus égalitaire. Depuis 2014, ONU Femmes et le Gouvernement de la CDMX travaillent ensemble sur ce projet ambitieux. Si ce projet n’a pas encore abouti sur des changements significatifs, il montre la quête du gouvernement pour des solutions innovantes au manque de fonds.

ONU Femmes apporte également un appui financier de taille avec l’appel à des organisations internationales, notamment l’AECID, pour promouvoir les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes à México. Aussi, les organisations de la société civile ont un certain rôle de pression à jouer dans ces projets puisqu’elles poussent à un renforcement par le gouvernement de ces projets. Elles sont également impliqués dans les projets d’implantation d’infrastructures de sécurité (lumières par exemple) en récupérant des fonds publics qui leur sont alloués.

Il reste à savoir si ces projets ainsi que leurs financements sont efficaces. En effet, malgré tous les efforts que le gouvernement ainsi que les acteurs qui l’appuient, est-ce que cela suffira à faire avancer la lutte pour une ville libre de violence envers les femmes, permettant de créer un environnement épanouissant pour elles ? De même, le rôle de promoteurs/impulseurs de l’AECID ainsi que des organisations de la société civile impliqués dans le processus de financement de ces projets sont des sujets à développer plus en profondeur.

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