Lancement du Blog pour le Forum 2019

Cette année, 8 équipes de stagiaires UdM vont bientôt partir dans des contextes différents pour étudier des initiatives, projets ou modèles urbains en faveur de la transition. Durant les prochains mois sur ce blog, nous allons donner régulièrement des nouvelles de nos stagiaires via leur retour d’expérience à chaud. 

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Le JAL : Trajectoire d’une alternative dans un « coin de pays » en décroissance


Commune de Lejeune (2014)

Au Canada, dans la province de Québéc et plus précisement dans la région du Bas-Saint-
Laurent sont allignées trois communes : Saint-Juste-du-Lac, Auclair et Lejeune – plus connues
sous l’acronyme du JAL.


Le JAL, du contexte national à la situation territoriale locale

L’organisation et le fonctionnement de ces communes, tout comme ceux des
établissements canadiens contemporains sont le fruit de quatre siècles de « marches de
peuplement » (Simard, 2012), qui depuis l’aube du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle se
traduisirent par l’expansion de l’oecoumène du territoire du Canada – pour ne pas dire son
anthropisation. En 1608, des colons français s’installent entre les vallées et les rives du fleuve
Saint-Laurent, au détriment des populations autochtones. Ils fondèrent des établissements, dont
les plus fameux : Québec, Trois-Rivières et Montréal, de manière stratégique, à proximité de terres
fertiles et sur un axe de communication fluvial. En moins d’un siècle et demi, les pourtours du
Saint-Laurent sont habités, des villes construites en s’appuyant sur les ressources locales, les
vastes forêts mixtes de l’actuelle province de Québec notamment.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la traction animale, puis rapidement le chemin de
fer vont permettre d’exploiter de nouvelles contrées, s’installe alors des entrepreneurs industriels
attirés par une ressource maintenant accessible : le bois. Mais il faut attendre l’entre-deux-guerres
et une dépression économique pour que le Témiscouata, qui comptait moins de 10 000 habitants,
connaisse un essor aussi intense que soudain. En effet, le gouvernement a décidé d’inciter les
populations aux chômages à coloniser des réserves foncières et forestières. Des lots sont
distribués, des aides pour le défrichement et la construction, la mise en place d’infrastructures,
d’équipements et de services – « en quelques années, un coin de pays émerge littéralement de la
forêt » (Deschênes & Roy, 1994).

Puis, tout se délite. Le territoire du Témiscouata se voit rapidement marginalisé au sein du
Québec, et a fortiori, du Canada, si bien qu’en 1971 sa population a diminué pour atteindre 27 225
habitants, soit une baisse de 25 % depuis le pic de la seconde moitié du XXe siècle. Outre ce
processus de dépeuplement on constate : une baisse des activités économiques ; une
paupérisation et le vieillissement des populations ; la formation de friches ou la constitution de
stock de commerces et de logement vacants, mais c’est aussi l’érosion des finances locales, ou
bien encore l’altération des réseaux (Simard, 2018).

Pour répondre à ces problématiques et dans le sillage de la Révolution tranquille
québécoise, le Bureau d’aménagement de l’Est du Québéc (BAEQ) est fondé en 1963. Son
objectif: concevoir un plan pilote d’aménagement et de développement. En 1966, le BAEQ livre
son travail, le tout en 10 volumes, 2048 pages, six objectifs et 250 recommandations. Dans cet
épais rapport aux consonances technocratiques, on soulignera le dernier mais aussi le plus
controversé des objectifs : « la structuration rationnelle de l’espace régional : urbanisation par la
consolidation de pôles d’attraction et fermeture de paroisses marginales » (BAEQ, 1966).
Puis, en 1970 suivra le rapport MÉTRA, qui livra comme conclusion de fermer non moins
de 96 localités « économiquement non rentables et socialement non viables », ce qui nécessiterait
la migration de 64 446 personnes.

Ces annonces provoquèrent des mobilisations de la population concernées, et ce
notamment dans le Bas-Saint-Laurent. Très rapidement, avec la volonté des habitants et l’énergie
mobilisatrice de figures locales telles que des travailleurs forestiers, des fonctionnaires et prêtres,
d’importants mouvements sociaux émergèrent : les Opérations Dignités. Ces manifestations se
cristallisèrent en des entités collectives et locales qui visaient de manière aussi généreuse que
générale « une autonomie locale à la recherche d’un mieux-être collectif » (MAC, 1972). C’est
depuis ces constats que la coopérative du JAL fut instituée en 1973, fédérant les trois collectivités
du Témiscouata : Saint-Juste-du-lac, Auclair et Lejeune. Le JAL, qui constitue la coopérative-mère,
agrégea des activités et des comités plus ou moins indépendants, autour de huit secteurs :
agriculture, artisanat, foresterie, industrie, information, services, social et tourisme. Cette initiative
de transition qui vit le jour dans une campagne urbaine en décroissance avait un objectif clair et
précis, assurer la gestion durable, ou intégré en bon québecois, de l’ensemble des ressources du
territoire, en mettant l’accent sur l’animation et l’implication des habitants dans le projet.

Commune de Saint-Juste-du-Lac (2014)

De nos jours, la coopérative, ainsi que la plupart de ses structures et ses activités, existent
encore, mais l’engagement collectif a tendance à se dissiper, et le territoire jalois comme le
Témiscouata est toujours en proie au dépeuplement, à la fermeture des écoles et des commerces
de proximité, aux suppressions de lignes ou d’arrêts de bus, aux difficultés économiques multiples
et au vieillissement de sa population. Aujourd’hui, les collectivités misent sur le tourisme dit
durable.

Le JAL n’est pas un modèle, mais une tentative de transition qui a vu le jour à une époque
et dans un contexte particulier, et dont les effets se sont avérés relatifs sinon nuls. Pour autant, il
s’agit d’un projet d’individus vivants dans un territoire marginalisé, qui prennent conscience
collectivement que pour s‘en sortir, ils n’ont d’autre choix que de s’opposer à la rationalité
dominante de développement, et d’en proposer une autre. Nous proposons donc de problématiser
notre étude de cas de la manière suivante : dans quelle mesure et de quelle manière, l’expérience
alternative du JAL a-t-elle engagée son territoire et son aménagement dans une transition ?
Notre enquête s’attachera à appréhender finement la trajectoire de mutation du projet
jalois, pour apprécier ses réussites et ses échecs, ses potentialités et ses limites, dans une
perspective de transitions. Pour faire émerger les réalités actuelles propre à notre sujet nous nous
appuierons sur des matériaux divers : études bibliographique et statistique ; traitements
cartographiques ; observations in situ ; entretiens semi-directifs avec des habitants restés dans ce
coin de pays, mais aussi avec des personnes qui sont partis pour la ville ; entretiens avec des
acteurs plus institutionnels, d’une part des élus et techniciens des collectivités territoriales
fédérales, régionales et locales, et d’autre part des enseignants-chercheurs de l’Université Laval à
Québec, de l’Université de l’Est-Québec ou encore du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le
développement régional, de l’Est du Québec (GRIDEQ).


Sur la route du JAL (2014)

Séminaire des partenaires 2019

Urbanistes du Monde organise le 18 avril à Paris à la SETEC son séminaire annuel des Partenaires. Il portera sur un thème d’actualité dans un contexte de transition urbaine et écologique:

« Les mobilités cré-actives »

Pour plus d’informations, suivre le lien ci-dessous !

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