Forum 2019 : Urgences Démographiques et Urgences Écologiques

Quels urbanismes de transition ?

 

Contexte

L’écosystème planétaire est déréglé avec un réchauffement climatique en cours, une raréfaction des ressources et une forte érosion de la biodiversité, et ce donc dans une logique de sollicitation croissante induite par les évolutions démographiques. Or, ce sont notamment les services écosystémiques qui garantissent la santé des populations dans son acception la plus large : « un état de complet bien-être physique, mental et social, (ne consistant) pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, juin 1946).

Les crises de tous ordres, dont environnementales, mettent les populations en mouvement de manière locale, régionale ou transfrontalière. Les flux vers les villes deviennent de fait toujours plus importants, nécessitant aux organisations locales et nationales d’apporter des réponses. Face à cette double urgence, le but de ce projet est de questionner ce que peuvent faire les villes, d’éclairer les possibles modèles de transition, tant du point de vue social, que du point de la forme urbaine.

Problématiques et axes de réflexion

Quelle(s) transition(s) ? Explorer des modèles sociaux, économiques, politiques et culturels alternatifs

Le vocable de transition a émergé dans le contexte de la conférence Rio+20, deux décennies donc après que la conférence de Rio ait mis à l’agenda urbain global l’impératif d’un développement durable. La notion de transition comporte une vision plus radicale, laissant entrevoir la nécessité d’un changement de modèle urbain. Les villes en transition s’interrogent sur l’interdépendance qu’elles entretiennent avec leur environnement dans un contexte de mutation démographique, de changement climatique, de fragilisation des ressources et d’érosion de la biodiversité. Elles sont amenées à repenser leurs politiques et pratiques locales, en s’appuyant sur la population.

Cependant, la notion de transition laisse place à de multiples interprétations et approches distinctes. Les enquêtes de terrain s’attacheront donc à mettre au jour la manière dont les acteurs urbains envisagent leur transition, au vu des défis climatiques et démographiques auxquels ils sont confrontés. Les stagiaires qui partiront sur le terrain pourront mettre en exergue un ou plusieurs scénarios de transition envisagés par la ville étudiée :

• La ville durable ?

S’inscrivant dans la prolongation d’un modèle de croissance, la ville durable s’appuie sur une intégration des dimensions sociales, économiques et environnementales, afin d’en limiter les effets négatifs. Il convient d’analyser les initiatives prises dans ce sens afin de questionner si elles permettent d’envisager une véritable transition, ou bien si elles encouragent au contraire la poursuite d’un modèle nuisible pour l’environnement.

• La ville frugale ?

La notion de ville frugale prône la prise de distance vis-à-vis des modèles marchands de la ville, et la généralisation de la sobriété tant du point de vue énergétique, que des modes de consommations. Cette approche, qui semble plus à même d’apporter des réponses effectives aux changements environnementaux, se heurte néanmoins aux aspirations des nouvelles classes moyennes qui s’affirment par centaines de millions dans les villes du Sud et souhaitent bénéficier à leur tour du modèle de bien-être encore largement promu par la culture mainstream occidentale. Aussi, il convient de mettre les initiatives relevant de la ville frugale au regard des dynamiques démographiques de la ville. Dans cette perspective, il apparaît fructueux de s’intéresser notamment aux pratiques traditionnelles qui ont cours dans les villes du Sud, et relèvent de la ville frugale sans pour autant s’en revendiquer explicitement.


• La ville adaptable ?

La réalité du changement climatique n’est plus une lointaine perspective, mais une réalité déjà bien tangible pour de nombreuses villes, entraînant des déplacements de populations et des catastrophes naturelles qui ne feront que s’accentuer dans les prochaines décennies. Dès maintenant, les villes cherchent à faire face aux nouveaux risques, qui, dans les pays en développement, s’additionnent aux défis démographiques. Si l’adaptation est parfois perçue comme une approche défaitiste de la transition, pour les villes les plus vulnérables face aux changements climatiques, elle constitue une urgence. Il convient donc d’explorer les solutions envisagées et mises en oeuvre par les villes face aux conséquences du changement climatique. Il s’agit d’interroger leurs prévisions, leurs réactions, leurs priorités, face à ce nouvel enjeu.

Quelle(s) forme(s) urbaine(s) ? Penser la transition dans l’espace

Tout au long de l’histoire de l’urbanisme, la volonté de proposer des modèles urbains alternatifs en rupture avec les affres de la croissance urbaine, s’est traduit par de multiples expérimentations, aux configurations urbaines diverses, de la ville nouvelle établie à distance des centres urbains existants, au mot d’ordre de ‘faire la ville sur la ville’. Aussi, convient-il de porter notre attention sur la manière dont la transition est pensée dans l’espace. Les études pourront porter différents types de projets :

• Nouveaux quartiers d’extension en limite du tissu urbain existant
• Villes nouvelles construites à longue distance
• Villes pionnières de peuplement dans des zones vierges ou peu peuplées
• Villes d’appui existantes à 100 ou 200 kilomètres de la métropole – archipel métropolitaine
• Nouveaux quartiers d’habitat dans la ville actuelle ou à sa proche périphérie
• Redynamisation du tissu existant…

Les sujets

Pour plus d’informations

Livret UdM du Forum 2019

LES 8 RAPPORTS ET PRÉSENTATIONS DU FORUM 2019

Mascarenhas L., Moukila S. et Sarambounou M. (2019), Le delta du Nil face au réchauffement climatique : une étude de la résilience face à la montée des eaux dans la ville d’Alexandrie. (Prix du Public pour la présentation)

Rapport Alexandrie (Égypte)

Présentation Alexandrie (Égypte)

 

Audureau I. et Guillaume L. (2019), Initiatives citoyennes face à la crise des déchets à Beyrouth, ébauche de nouveaux urbanismes de transition.

Rapport Beyrouth (Liban)

Présentation Beyrouth (Liban)

 

Lemercier E. (2019), Une approche de la fabrique urbaine participative dans les Suds : Cas d’étude à Bucaramanga, Colombie.

Rapport Bucaramanga (Colombie)

Présentation Bucaramanga (Colombie)

 

Lamenca T. et Simon M. (2019), Le JAL, Trajectoire d’une transition dans un « coin de pays » en décroissance.

Rapport JAL (Canada)

Présentation JAL (Canada)

 

Ferrat-Soares A. et Jourdan C. (2019), Urgences démographiques et urgences écologiques : le cas du Ksar de Tafilelt Tadjidt, province de Ghardaïa, Algérie. (Prix de l’AIMF)

Rapport Ksar Tafilelt (Algérie)

Présentation Ksar Tafilelt (Algérie)

 

Ebeling B. et Giorda M. (2019), La marginalité et le droit au «Bien Vivir» dans le contexte de la transition vers l’agriculture urbaine à Quito.

Rapport Quito (Équateur)

Présentation Quito (Équateur)

 

Da Cruz C. et Gomes L. (2019), Vers une agriculture urbaine durable, circulaire et résiliente à São Paulo ? Le programme «Ligue os Pontos» (Prix d’Urbanistes du Monde pour le rapport)

Rapport São Paulo (Brésil)

Présentation São Paulo (Brésil)

 

Brault M. et Douin E. (2019), L’éco-cité Zenata : La ville durable comme urbanisme de transition ?

Rapport Zenata (Maroc)

Présentation Zenata (Maroc)

Save the date : Forum International 2019

Urgences démographiques & urgences écologiques : Quels urbanismes de transition ?

Sur le thème de la transition urbaine, Urbanistes du Monde en partenariat avec Urbanistes de Transition, est heureux de vous inviter à son Forum International le 11 octobre prochain. Au Palais du Luxembourg, les équipes d’étudiants vous présenteront les conclusions de leur recherche sur les villes d’Alexandrie, São Paulo, Zenata, Bucaramanga, Ksar Tafilelt, Beyrouth, Quito, Londres, Lisbonne, Garaldea, Budapest, Bruxelles, Revin, Dessau et les territoires du JAL et de la Biovallée.

Nos partenaires : l’Ecole Urbaine de SciencesPo, l’AIMF, Algoé

Le forum permettra aussi la remise de 3 prix à différentes équipes dont le prix du public !

Inscription par ici

Lucas et Clément : Agriculture urbaine à São Paulo – les conclusions intermédiaires sur le programme ‘Ligue os Pontos”

A mi-parcours de notre projet de recherche, nous vous proposons un rapide bilan de nos deux semaines d’enquête de terrain à São Paulo.

Plantation biologique du district de Parelheiros (Source: Angélica Campos Nakamura, 2017)

Notre porte d’entrée vers le terrain a été d’ordre académique, privilégiant le contact avec les chercheurs membres du Groupe d’Etude sur l’Agriculture Urbaine (GEAU) de l’Instituto de Estudos Avançados de l’Université de São Paulo. Nous avons ainsi procédé à la révision bibliographique conseillée et en partie rédigée par le GEAU, puis à des entretiens semi-dirigés avec ces chercheurs.

La sphère académique nous est apparue comme très proche de la sphère militante, les chercheurs du GEAU faisant part ou nous mettant facilement en contact avec des activistes défendant l’agroécologie urbaine à São Paulo. Ces rencontres ont débouché à des visites de jardins communautaires intra-urbains et de distributeurs-militants de produits biologiques et agroécologiques. De fil en aiguille, nos entretiens nous ont amené jusqu’aux associations et coopératives d’agriculteurs en périphérie de la municipalité et nous ont alors permis d’organiser des visites de terrain aux plantations de Parelheiros (zone sud) et de la zone est (prévues dans quelques jours).

Compilant donc plus d’une dizaine d’entretiens semi-dirigés avec des fonctionnaires municipaux en charge du projet, des militants de l’agroécologie urbaine, des producteurs locaux, des chercheurs en agriculture urbaine, des distributeurs et des consommateurs, force a avant tout été de constater que la complexité et multiplicité des enjeux qui touchent aujourd’hui l’agriculture urbaine à São Paulo contestent sévèrement les campagnes de communication promulguant, à l’international, la qualité de la gestion municipale via son programme “Ligue os Pontos”.

Nous sommes en effet rapidement venus à la conclusion que le programme “Ligue os Pontos” peinait encore à être mis en route. De nombreuses entraves ont dû être surmontées par l’équipe municipale en charge du projet. Les acteurs locaux se réfèrent souvent aux successives alternances politiques (3 maires différents en moins de 3 ans), entraînant chacune des modifications drastiques en termes idéologiques et organisationnels. Le programme nous apparaît également sous la forte emprise de la fondation Bloomberg Philanthropies, concernant tant les objectifs du programme, son échelle, ses indicateurs d’évaluation que son rétroplanning, pour des exigences, en somme, souvent inadaptées aux réelles capacités des administrations locales brésiliennes ou encore du contexte de l’agriculture urbaine à São Paulo.

En conséquence, les objectifs d’intégration au tissu urbain dans une logique de circularité des flux métropolitains et de meilleure durabilité à São Paulo semblent loin d’être achevés. Par exemple, de nombreux agriculteurs ignorent encore l’existence du compost public fourni par la Ville, ou bien ne disposent d’aucun moyen d’acheminement jusqu’à leurs plantations. De plus, le programme “Ligue os Pontos” se concentre uniquement sur la zone sud de la municipalité de São Paulo, marginalisant les agriculteurs de la zone est (sous exigence de la fondation Bloomberg qui préféra une échelle réduite).

Au sud, dans le district de Parelheiros, “Ligue os Pontos” travaille certes de très près avec la coopérative d’agriculture biologique COOPERAPAS, tant bien que les deux institutions finissent par se confondre au sein des discours et des représentations communes; pourtant, les agriculteurs membres de la coopérative peinent à identifier les réels participants de ce programme (tant de la plateforme digitale de mise en relation avec les distributeurs/consommateurs que des formations à l’agroécologie subventionnées par la Mairie).

En fin de chaîne de production, les distributeurs de produits agroécologiques et biologiques, tels que l’Instituto Chão et l’Instituto Feira Livre, nous ont fait part du manque de diversité des produits fournis par COOPERAPAS, malgré les subventions municipales reçues (que de nombreux autres agriculteurs urbains à São Paulo demandent à percevoir), et qu’ils lient aux failles de l’organisation des agriculteurs membres de la coopérative en interne. Pour autant, ces distributeurs continuent de solliciter COOPERAPAS et d’acheter leur produit au prix fort, insistant sur la valeur écologique et sociale de la mise en valeur des produits issus de l’agroécologie locale et de l’agriculture urbaine biologique, et faisant donc prévaloir leur convictions idéologiques sur les logiques de marché et de profit.

De manière générale, les différents membres de la société civile semblent exercer une fonction de coordination et de solidarité au sein du secteur de l’agriculture urbaine aussi importante (voire davantage) que celle de la gestion municipale, alors même que le programme “Ligue os Pontos” se trouve encore en phase de consolidation. Au sud, le gouvernement local du district de Parelheiros semble plus actif et présent sur le terrain.

7 heurs du matin, livraison de produits biologiques à l’Instituto Chão (quartier Vila Madalena)
Source: Lucas Cividanes (2019)

Ces obstacles aux objectifs fixés par la Ville de São Paulo à travers le programme “Ligue os Pontos” comportent des caractéristiques tant sociales, économiques, politiques, environnementales que spatiales. Ils viennent ainsi éclairer la problématique qui guidera notre rapport final, désormais organisé autour de deux axes de recherche:

  • un détail de la structure de gouvernance de l’agriculture urbaine à São Paulo. Seront présentés les acteurs de ce secteur d’activité, leurs stratégies d’action et leurs discours, ainsi que les impacts effectifs du programme “Ligue os Pontos”. L’accent sera donc davantage porté sur les idées de conflits sociaux, de coalitions d’intérêts et de mise en place de l’action publique en matières de transition écologique en milieu urbain;
  • une analyse de la relation entre le rural et l’urbain proposée par cette structuration de l’agriculture urbaine à São Paulo. Seront étudiées les conséquences territoriales d’un tel dispositif, allant des bienfaits de l’interdépendance entre les espaces centraux et périphériques, jusqu’aux limites d’une consolidation de l’espace rural pensé et aménagé pour et par l’urbain. Seront en somme discutées les contradictions propres à l’idée d’une transition écologique urbaine.

Nos prochaines étapes sont alors la visite des plantations de la zone sud et est de la municipalité, et des entretiens supplémentaires avec les agriculteurs, des membres de la gestion municipale en charge du programme ainsi que des fonctionnaires du gouvernement local du district de Parelheiros.

Lucas Antonio Cividanes Gomes & Clément da Cruz (École Urbaine de Sciences Po, Master “Governing the Large Metropolis”)

Brittany et Maria : Initial Exploration of Urban Agriculture in Quito

Summary and Methodology

Our investigation, which centers on the urban agriculture program AGRUPAR in Quito, Ecuador, utilizes grounded theory methodology to generate emergent themes, patterns, and areas of deeper inquiry throughout the research process. The study’s focus on AGRUPAR, established by the municipal-level agency ConQuito in the year 2000, had two primary grounding streams of inquiry: a benchmark of the program’s ostensible aims as they compare to lofty national and local emphases on food sovereignty, and a mapping of actors engaged in the pursuit of this program’s support of buen vivir principles in Quito.

Methodologically, the study has unfolded through a series of semi-structured interviews and ethnographies which have built upon one another and evolved with subsequent renditions to include leads acquired in previous encounters. Our initial points of contact sought to cover clearly-identifiable ‘big actors’ in the AGRUPAR space, including program participants, directors, managing technical workers, and representatives from program funding and training partners from related international organizations such as the Food and Agriculture Organization. While many of these first interviews were initiated by cold-calling and emailing individuals, subsequent connections were facilitated by snowball sampling, as we ended each of our discussions by requesting recommendations and contact information from subjects’ networks. This method prompted avenues of exploration which we had not previously considered, namely about urban agriculture efforts and networks outside of the AGRUPAR program, by other supply-chain actors, and by entities implicated in food sovereignty, organic food, and nutritional campaigns more broadly.

Fieldwork

Our first encounter was with Cristina Romero, professor of Agricultural Economics at La Escuela Politécnica Nacional, who offered an overview of supply chains which provide food to Quito (sourced from other areas of Ecuador). Speaking with Cristina was not only instrumental for understanding the current food system in the Metropolitan district, but also informed our analysis, prompting us to think in a comparative way. When asked about urban and peri-urban agriculture in Quito, Cristina challenged our assumption that the only relevant actors were lower class mestizo or indigenous families and directed us towards a number of initiatives independent from AGRUPAR. Following this conversation, our research took two different but intertwined paths: on the one hand, through investigating AGRUPAR’s structure and evolution in terms of how the project is organized, including its objectives and the way in which it inserts itself in local and national politics; on the other hand, exploring urban and peri-urban agriculture experiences as a whole in Quito to understand how linkages are (or are not) created between independent initiatives.

With regards to AGRUPAR, we chose to establish a direct contact with producers by visiting various ‘bioferias’ where they sell their products. Thanks to this, we were invited to the general assembly of AGRUPAR sellers, where we not only received an in-depth overview of the project’s commercial strategy but were also introduced to the chief technical manager and Alexandra Rodriguez, the engineer in charge of the entire AGRUPAR initiative. Interviewing Alexandra was crucial to understanding AGRUPAR’s short- and long-term objectives, the collaboration established with various municipality departments and international organizations, and the main challenges faced by the project. As confirmed by a Skype interview with a FAO representative, international organizations play no role in the daily management of the project, but by portraying the project as an emblem of Quito’s efforts toward becoming a more sustainable and inclusive city, effectively protect it from political downturns. Concurrently, we have been visiting “ferias agroecologicas”, permaculture centers and independent farmers. Some of these actors come from the middle and upper classes and others are connected to international organizations or national-level agroecological and campesinos movements. Consistently, these actors appear to denounce a lack of support from local institutions and the loftiness of the recent political efforts to support food sovereignty.

Ongoing Leads and Preliminary Findings

Among the preliminary connections made through these initial interviews and observations are the missing links in discussions about food sovereignty in Quito and corresponding consumption practices, the inclusion of land informality in programmatic and municipality discourses, and the relative importance (or unimportance) of official ‘organic’ certifications in Quito’s context, to name just a few.

While AGRUPAR (and other urban organic agriculture initiatives in Quito) emphasize the importance placed on the complete organic production of their products, they are also cognizant of the ‘mismatch’ between these produce products and the bulk of the population’s consumption patterns, which are disproportionately heavily-processed and sugary foods. While the impetus for the production of organic and fresh products appears to have willing producers (as evidenced by AGRUPAR and organic permaculture initiatives in the city), few organizations have the capacity and resources to undertake the extensive consciousness-raising and information-sharing campaigns necessary to radically transform consumers’ buying patterns as they relate to organic products.

A second emergent issue relates to the recognition and inclusion of discourses on informality, particularly within AGRUPAR. As the program targets the inclusion of low-income populations, land tenure issues are recognized, discussed, and integrated into AGRUPAR programming. Further exploration of informality issues will address the way in which informal claims to land relate to urban sprawl, water access for agricultural production, and agricultural zoning considerations.

Additionally, a repeated theme emerging in conversations with actors throughout the urban agriculture and organic permaculture sphere of Quito relates to the relative unimportance of official organic production certification. In lieu of this certification (obtained by only a portion of AGRUPAR farmers, for instance), ‘guarantees’ and other stand-in arrangements for less expensive, community-based organic ‘checks’ are in place.

These initial conversations with urban agriculture actors, both in and outside of the AGRUPAR network, beg the question: what would it entail to deeply enact a comprehensive, transformative food system in the city and the country at large? Analysis of these initiatives reveals the ways in which such programs contribute, to varying extents, steps toward this vision– and highlight the extent of work which remains in pursuit of this goal.

Brittany Ebeling
Maria Giorda

Alba et Chloé – Vers la promotion d’un nouveau modèle ?

One two three, viva l’Algerie! Nous avons enfin fait nos premiers pas en Algérie, dans un pays en liesse après la victoire retentissante de l’équipe de foot à la coupe d’Afrique. Quoi de mieux pour sentir la ferveur du pays ! Enfin, l’équipe n’est pas partie au complet… Premier petit couac : Chloé est restée deux jours de plus de l’autre côté de la Méditerranée, à cause d’un problème de visa. Mais peu importe, nous nous sommes retrouvées au lever du soleil à Ksar Tafilelt, où Alba et Cécile (notre acolyte photographe et documentariste) avaient commencé à prendre leurs marques dans la maison traditionnelle au sein du Ksar qui nous est mise à disposition par la fondation Amidoul.

Si nos premières expériences algériennes ont été vécues en décalé, nos impressions se rejoignent : déjà, depuis le départ à Marseille, nous avons ressenti un accueil extrêmement chaleureux de la part des algériens, par des discussions amicales, des sourires sincères, et des « bienvenus » à tout va. Nous avons été particulièrement touchées par l’accueil d’une couch surfeuse Mira et son père, qui se sont occupés de nous à Alger comme des rois : « C’est normal, vous êtes nos invités ». On accroche immédiatement avec cet état d’esprit chaleureux, ouvert, et accueillant, qui nous donne à nous aussi le sourire.

Sur la longue route entre Alger et Ghardaïa, les paysages changent peu à peu, pour devenir de plus en plus secs et rocheux. Si durant les premières centaines de kilomètres après Alger, on observe encore de nombreux programmes immobiliers en R+5 assez récents, les habitations se font de plus en plus rares. A l’approche de Ghardaïa, on découvre les premières palmeraies qui tapissent la vallée du M’zab, ainsi que de nombreuses constructions le long de la route, confirmant nos lectures à propos d’une urbanisation chaotique récente, et contre laquelle le projet de Tafilelt vise notamment à remédier.

On constate qu’à Ghardaïa comme dans les autres villes du M’Zab, les quartiers mozabites et arabes sont clairement distincts. Les Mozabites sont les habitants historiques du M’Zab, qui se sont installés dans cet endroit reculé pour s’isoler. Ni sunnites, ni chiites, ils font partie de la « secte » des ibadites qui représente moins de 1% des musulmans dans le monde. Lire sur ce peuple à l’histoire passionnante et au mode de vie particulier est essentiel pour comprendre le fonctionnement actuel du Ksar.

Durant les premiers jours que nous venons de passer dans le Ksar, nous prenons nos marques, à la fois grâce à l’accueil de Mustafa Tellai, secrétaire général de la fondation Amidoul à l’origine de la ville, et en se laissant porter à la découverte de la ville. Le Ksar n’étant pas grand (1000 logements, pour environ 5000 habitants), nous sentons que nous allons rapidement « être repérées ». Certains habitants, curieux, nous interrogent. Trois étrangères non voilées dans le Ksar, cela ne passe pas inaperçu. En restant un mois ici, nous espérons que les habitants s’habituent à notre présence, afin de faciliter le travail de terrain.

En préparant notre terrain, nous avons parcouru les nombreux travaux qui ont déjà été réalisés sur le Ksar de Tafilelt. Ainsi, nous avons essayé d’adopter une perspective un peu plus originale, afin que notre travail puisse être utile pour la ville et d’autres acteurs. Les travaux existants sont assez précis, que ce soit sur la participation citoyenne, l’architecture bioclimatique, les mozabites… Nous avons alors pris le parti de produire un document synthétique et presque « ludique » sur la forme, un schéma qui résumerait les différents éléments nécessaires pour répliquer ce modèle (cf schéma ci-dessous). Dans un premier temps, nous identifieront les éléments de la réussite de ce modèle : pourquoi vouloir répliquer l’expérience Tafilelt ? Ensuite, nous déterminerons les outils nécessaires à la mise en place ce modèle. Dans un troisième temps, il s’agira de s’interroger sur les conditions de mobilisation de ces outils. Nous caractériserons ces outils en déterminant les conditions qui sont nécessaires pour les mobiliser, en précisant quand elles sont intrinsèquement liées au contexte mozabite, et le cas échéant en proposant des alternatives. Parmi les différentes conditions, nous nuancerons leur rôle et leur nécessité, certaines étant essentielles pour la réussite du modèle, d’autres plus accessoires ou dépendantes du contexte.

En résumé, nous avons pour objectif de produire un document qui puisse être mobilisé comme une boîte à outils afin de reproduire (sans « photocopier ») ce modèle du Ksar de Tafilelt pour ce qu’il apporte en termes de cohésion sociale, de préservation du patrimoine, d’écologie, et d’accessibilité, sur d’autres terrains dans le Sahara algérien ou ailleurs. L’intérêt de ce travail nous a été confirmé par la fondation Amidoul, qui, maintenant que l’aspect construction est terminé, envisage d’orienter leurs efforts vers la promotion de leur modèle, afin d’inspirer de nouvelles initiatives.

Iris et Lucie – Lettres levantines, quelles nouvelles du Liban ?

Face aux manquements de l’Etat notamment en terme de fourniture de services essentiels urbains (du fait de coupures d’électricité, d’absence d’eau potable courante, d’une gestion des déchets défaillante, etc.) la société libanaise semble faire la démonstration de sa “résilience” depuis la fin de la guerre civile : ainsi, le secteur privé marchand et les initiatives individuelles et associatives pallient aux manquements de l’Etat. Depuis quatre ans, on voit en effet s’organiser la société civile pour assurer la gestion des déchets; néanmoins, sans l’appui de l’Etat, ces initiatives ne peuvent qu’avoir un impact limité.

Une crise « normalisée »

Quatre ans après une crise des déchets très dure, la ville de Beyrouth s’est plus ou moins débarrassée des rivières d’ordures qui avaient fait le tour des médias . Pourtant, en arrivant sur le littoral et en se promenant le long des quelques plages publiques qui demeurent au Liban, il est difficile de ne pas être surpris par la quantité de déchets ramenés par la mer le long du rivage ou simplement abandonnés sur le sable.

« Vous verrez, Sour est la plus belle plage du Moyen-Orient, elle est propre ». Pourtant, même dans le Sud, région relativement préservée, les familles viennent pique-niquer ou fumer le narguilé au milieu des sacs plastiques, des bouteilles et des canettes. Les déchets font partie du paysage libanais.

En haut la décharge de Tripoli qui fait 34 mètres de haut alors que sa hauteur autorisée est de 12 mètres- photo personnelle 12 juillet 2019. En bas une plage publique sur la Corniche al Manara à Beyrouth -Photo personnelle 18 juillet 2019;

Face à ce qui avait été l’un des plus beaux littoraux du Proche-Orient, on ne peut qu’être nostalgique de ce temps révolu. A Beyrouth, deux décharges ont été construites en bord de mer, sur des remblais eux-mêmes fabriqués à partir de déchets : Costa Brava au sud et Bourj Hammoud, au Nord. Ces dernières ont atteint leur capacité maximale et Ramco, l’entreprise de collecte et de stockage, pousse régulièrement ces déchets dans la mer. Les autres régions urbaines ne sont pas épargnées. Sour est située à côté de la décharge d’un hôpital. A Tripoli, l’eau du réseau d’égouts se jette directement dans la mer et la décharge a les pieds dans l’eau.

Pourtant, même si les habitants le savent et le reconnaissent, une certaine indifférence vient nuancer l’urgence de la situation : les gens se baignent et profitent de ces rares espaces publics pour se retrouver.

A Beyrouth, réaction d’une communauté cosmopolite en “apesanteur”

Café Riwaq, quartier Mar Mikhael repère d’une classe aisée mondialisée? photo du site.

Deux étudiantes françaises débarquées à Beyrouth, bien aiguillées par quelques contacts, ne se sentent pas tellement dépaysées. On y retrouve une communauté cosmopolite et mondialisée aisée “d’expat” et de franco-libanais de retour au pays. Ce microcosme a pour épicentre les mêmes rues de rooftops, bars et cafés branchés, situés entre Mar Mikhael et Gemmayzeh, anciens quartiers d’entrepôts industriels, aujourd’hui largement gentrifiés – et osons le dire, hypstérisés. Au café Riwaq par exemple, espace d’échange, de coworking plébiscité pour sa playlist, ses évènements culturels et sa politique écolo, on rencontre ce petit monde: responsables d’ONG, journalistes, étudiants de l’Ifpo¹, entrepreneurs dans le développement durable, tous s’y croisent, s’y saluent, s’y rencontrent. « Vous le connaissez ? En 2015, il a monté un projet de compostage dans sa ferme avec Compost Baladi pour prendre en charge une partie des déchets organiques. Je vous le
présente. »

Dans ce quartier, l’anglais, le français surtout, sont les langues qui résonnent aux terrasses. On le reconnaît, cette posture est infiniment confortable et rend la recherche de contacts plutôt aisée. Pourtant on s’y sent vite enfermé, déconnecté du reste du pays. On peut y entendre une certaine complaisance teintée de lassitude envers un ‘peuple libanais’ considéré comme peu concerné et conscient des questions environnementales. « Il faut comprendre, les gens ont d’autres priorités, la vie est chère, l’Etat ne garantit déjà pas l’eau potable et l’électricité, les gens sont dans la survie ».

Une fracture au sein de la population semble se dessiner, laquelle s’ajoute à la séparation confessionnelle et communautaire du Liban inhérente à son régime politique. Il semble d’ailleurs plus facile pour deux étrangères de rencontrer chaque acteur pour parler de ces sujets que pour les acteurs de collaborer entre eux . “Au Liban, l’étranger est comme un enfant roi entre deux parents qui se disputent”.

Le mouvement “Live love…” un nouveau regard de l’élite mondialisée sur le Liban

Publication Instagram de Live Love Recycle service de collecte chez les particuliers via l’application

“Our roots run deep”. Comme un miroir inversé, les Libanais à l’étranger se sont posés la question de l’image que renvoie le Liban au monde, et celle que les Libanais ont de leur pays. “Nous avons voulu montrer autre chose que l’image négative que le Liban a à l’étranger : celle d’un pays marqué par la guerre civile. Nous voulions faire en sorte que les Libanais qui y habitent se réapproprient et soient fiers de leur pays” . “ça a commencé avec un hashtag et une vente de bracelets porte bonheur Live Love Lebanon . L’initiative Live Love Recycle est arrivée plus tard avec la crise des déchets et des réfugiés syriens”. Il y a eu une prise de conscience progressive du patrimoine immatériel du Liban, aussi bien naturel, paysager qu’artisanal ou culturel . Cette prise de conscience d’une certaine partie de la population s’est faite en partie grâce aux réseaux sociaux.”

Ce mouvement se confronte à la culture néolibérale omniprésente et structurante au Liban. Celle-ci a modelé les idéaux de vie comme les success stories des entrepreneurs libanais à l’international mais a aussi transformé le paysage par la spéculation foncière des promoteurs immobiliers. Face à la bétonisation du littoral et la privatisation à tout va, des mouvements de préservation du patrimoine et de l’environnement sont nés.

“Le sens de la fête” ou la modernité des années 1970

A 20 minutes en voiture environ de Tripoli, on trouve de nombreuses plages privées. La plage de la Rocca en est une. Le complexe est composé d’une dizaine de piscines, d’une micro-plage, d’un bout de mer privative avec toboggan et plongeoirs. Le tout dans une ambiance de boite de nuit dès 10h du matin. L’argument de vente de ce complexe ? « Enjoy the cleanest water ». Profiter d’une eau « propre », pour la modique somme de 25 000 livres libanaises (environ 15 euros).

“Enjoy the cleanest water” clame le clip publicitaire de Rocca Marina îlot de “summer entertainment” pour la classe aisée
beyrouthine sur la côte de Chekka – photo personnelle 14 juillet 2019

Cette société cosmopolite, qui se sent plus proche de l’Europe ou des Etats-Unis que du reste du Liban, construit des espaces privés, posés là, sortis de nulle part, en déconnexion totale avec les alentours.

Ce mode de vie urbain, consommateur d’espace et de ressources, définition même de la société des loisirs et de la consommation des années 1970, s’étale au grand jour et laisse une impression « d’années folles », d’étourdissement. Comme si la guerre civile de 1975 à 1990 avait mis le film sur pause. La consommation d’images, des biens, de moments constitue une forme de rattrapage et un exutoire pour une société de jeunes actifs qui travaillent beaucoup. Cela est aussi sans doute lié à un refus de penser au lendemain, conduit par la désillusion d’un pays miné par la corruption et les crises à répétition.

“Our politicians are also magicians : they make money disappear” ou la corruption“

Le fléau du Liban c’est la corruption” . Ce refrain est dans toutes les bouches avec à chaque fois des anecdotes différentes. La création de remblais dans le centre ville de Beyrouth à partir de déchets (gravats ou déchets ménagers) pour gagner du terrain sur la mer dans un contexte où le foncier vaut très cher, immédiatement vendus à des promoteurs privés pour en faire des boîtes de nuit et des “Kids mundo”, en est un exemple. Plus récemment l’affaire de la construction d’incinérateurs bas de gamme, surdimensionnés, peu adaptés, très polluants et très coûteux par des firmes internationales dans le quartier de la Quarantaine à Beyrouth fait polémique.

Les contrôles falsifiés et l’incapacité des autorités concernées à prendre en charge la bonne gestion du site suscite un climat de méfiance, généralisé par l’ampleur de la corruption au Liban . C’est ce dont les militants de Beirut Madinati et de la Waste Management Coalition se faisaient l’écho lors de la manifestation anti-incinérateurs du 5 juillet dernier. Ce système clientéliste et communautaire se traduit par un ancrage territorial. Le contrôle local d’un “clan” et la prédominance selon le lieu d’une communauté religieuse, encourageant les pratiques clientélistes et empêchant une prise en compte globale de la question et un travail commun, à toutes les échelles. Dans ce contexte de séparation et de méfiance généralisée, un nouveau modèle de gouvernance mettant de côté partis et communautés confessionnelles pourrait peut être voir le jour. Encore ténue, l’initiative Green Track de Tripoli, ville majoritairement sunnite, a été contactée par la municipalité de Chekka majoritairement chrétienne pour s’occuper de la collecte des déchets recyclables et le tri après fermeture de leur décharge par le ministère. Certains membres de la municipalité ne comprenaient pas pourquoi on faisait appel à quelqu’un de Tripoli, d’une autre communauté, pour s’occuper des affaires de Chekka.

Remblais du centre-ville de Beyrouth faits des gravats de la guerre, en attente de construction immobilière qui sert de promenadephoto personnelle, 29 juin 2019.

Manifestation 5 juillet 2019 contre l’implantation d’un incinérateur dans le quartier de la Quarantaine à l’est de Beyrouth, à
proximité du quartier chrétien – photo personnelle

« C’est quoi ton business model ?», l’éclosion des initiatives.

En entrant dans les locaux de Live Love Recycle (LLR), l’ambiance start-up frappe. Une équipe de 6 jeunes actifs s’activent. Pour monter leur projet, la plupart de ces petites structures ont dû s’autofinancer et monter des dossiers auprès de bailleurs de fonds internationaux. Aujourd’hui, adopter un modèle entrepreneurial apparaît comme la solution la plus viable : soit en menant en parallèle entreprise et association, l’entreprise servant à financer en partie l’association, soit par le modèle de la « social entreprise » même si ce statut n’est pas encore reconnu au Liban.

En haut ambiance décontractée au bureau de Live Love Recycle avec démonstration du fonctionnement de l’application; en dessous l’entrepôt de l’initiative Green track dans le quartier populaire de Jabal Mohsen à Tripoli – photos personnelles 4 et 12 juillet 2019.

“Il y a bien assez de déchets pour tout le monde ”. L’urgence de trouver des solutions pour gérer les déchets constitue à la fois une opportunité d’établir un business dans une filière qui reste largement à organiser tout en contribuant à améliorer les conditions de vie des habitants. Car pour l’instant, ces initiatives sont loin de couvrir l’ensemble des déchets produits par la région. « Sur les 800 tonnes de déchets produits par la région de Beyrouth, l’ensemble des initiatives ne peut en prendre en charge qu’une centaine, je dirais » nous confie le fondateur de LLR. Le modèle de la social entreprise tend à s’imposer, où les motivations économiques, sociales et environnementales sont liées.

Dans une logique plus politique, certaines initiatives voient les déchets comme une cause qui puisse rassembler la société libanaise par delà les communautés et une entrée pour faire évoluer le système de gouvernance à toutes les échelles et les comportements. L’objectif est, en articulant savoirs scientifiques (ces acteurs se placent en tant qu’experts) et le terrain, de prouver qu’il est réaliste de changer de modèle et de faire pression sur le gouvernement pour placer l’Etat devant ses responsabilités. Ainsi, Beirut Madinati a mené un projet de réaménagement des espaces communs puis de tri à la source avec les habitants dans le quartier de Zokak-El-Blat. Il s’agit donc de renforcer la capacité de la société civile à faire entendre ses revendications et de recréer une scène de négociation entre elle et l’Etat, empoisonnée depuis bien longtemps par la corruption.

Les initiatives entrepreneuriales sont dirigées majoritairement par des hommes, jeunes actifs. Pourtant sur le terrain, les projets reposent massivement sur les femmes qui mènent les campagnes de sensibilisation, en commençant par le voisinage, font le tri à la source.. A Tripoli, le quartier de Jabal-Mohsen a été le premier quartier du Liban à faire du tri à la source. C’est la mère de l’instigateur du projet qui a commencé à convaincre les femmes du voisinage de l’importance de la
question. Aujourd’hui, elles sont une trentaine à travailler pour l’association en formant les femmes d’autres villes au tri à la source.

C’est donc un archipel de petites initiatives extrêmement localisés, qui manquent de coordination entre elles mais aussi avec l’ensemble des acteurs de la filière du recyclage, qui semblent émerger de la gestion chaotique de ces dernières années.

Ces initiatives assurent une partie du cycle (collecte et tri) mais ne sont pour l’instant peu ou pas connectées aux industries qui assurent la réintroduction de la matière première dans le marché. Le lobby des entreprises de recyclage par exemple est inaudible car pratiquement inexistant en tant que groupe de pression, au côté des ONG.

Crise des déchets – déchets des crises 

La décharge de Bourj Hammoud vue depuis le port. La colline fait approximativement 25 m de hauteur. Les camions et les engins de chantiers s’activent jours et nuits à amonceler les déchets de Beyrouth -photo personnelle, 15 juillet 2019.

Plongées au Liban parmi une communauté cosmopolite, la question des déchets amène quelques questions.

La crise des déchets est clairement symptomatique d’une crise politique et sociale profonde qui dure depuis la guerre civile (1975 -1990). La corruption et le manque de confiance généralisé du tous envers tous qui s’en suit mine la volonté politique et la capacité d’organisation. Le traitement dans l’urgence de ces questions sans jamais de stratégie pensée à moyen ou long terme empêche une prise en main durable de la question. La réouverture de la décharge de Bourj Hammoud en 2015 était dès le départ programmée pour accueillir les déchets de Beyrouth jusqu’en 2018. Cela laissait 4 ans à la municipalité pour envisager un système plus pérein. Les autorités municipales ont mis en place un plan d’urgence en juin-juillet 2019 soit 1 mois avant la saturation de cette dernière. Les personnes interrogées sont très lucides et très fatalistes sur le sujet « nous aurons une nouvelle crise en septembre » . Cet énième épisode montre bien la non-gestion de la crise et le manque de responsabilisation de l’ensemble des acteurs, la faiblesse de l’Etat. En conséquence, les déchets envahissent la mer, le littoral et, dans certains cas la ville.

Les initiatives interviennent dans ce contexte qui les limitent. Les défis s’accumulent pour arriver à imposer une ébauche de transition.

Rendre effective la décentralisation et imposer une perspective de développement local en partenariat avec les municipalités ou les unions.

Mettre en place un système durable qui prenne en compte la totalité du cycle de recyclage jusqu’à la réinsertion dans le cercle de production, tout en équilibrant les charges entre les territoires.

Faire suffisamment pression sur le gouvernement pour que l’Etat assure enfin son rôle législateur.

Les initiatives énergiques mais encore petites – individuellement peut être trop petites pour de tels défis- sont la preuve d’une prise de conscience du problème et d’une première prise en main de ces questions et ébauchent discrètement, à ce titre, une transition dans la gestion des déchets.


Source

¹.Institut français du Proche-Orient, centre de recherche dont le siège est à Beyrouth

Sonia, Mariétou et Laëtitia – A la (re)découverte d’Alexandrie

Notre recherche de terrain à Alexandrie se déroule dans un contexte particulier. En effet, en plein été la ville méditerranéenne fait face à un afflux de touristes égyptiens venant de villes voisines telle que le Caire et double en nombre d’habitants. Nous avons séjourné à Alexandrie l’été dernier et, en arrivant cette année,c’est une chaleur écrasante qui nous a frappé. La chaleur estivale apparaît cette année encore plus importante, de quoi nous interroger sur les effets du réchauffement climatique sur la ville qui se caractérisent par des étés de plus en plus chaud et des hivers de plus en plus rudes.

                                                                      Figure 1 : Corniche d’Alexandrie, vue depuis la bibliothèque

En période estivale, la ville d’Alexandrie fait face à de profond bouleversements. En effet, la ville méditerranéenne constitue la première destination de vacances pour les égyptiens des différents gouvernorats durant l’été, venus chercher la fraîcheur du vent marin mais surtout l’accès aux plages. Sur la période allant du mois de juillet au mois d’août, la ville fait face à une affluence sans précédent puisque le nombre de sa population est doublé, passant de 4 millions à 8 millions d’habitants. Les plages sont constamment bondées de monde puisque les différents vacanciers venus profiter de la mer se succèdent tout au long de la journée sur les différentes plages.. Les premiers groupes de vacanciers arrivent après la prière de l’aube (aux alentours de 3h du matin) pour repartir à 20h30, heure à laquelle s’arrêtent tous les bus de “رحلات الیوم الواحد ” (voyages d’un jour). Ils seront suivis par d’autres vacanciers venus profiter de la fraîcheur de la nuit, et cela, jusqu’à l’aube. Ainsi s’enchaînent les vas et vient sur les plages de la ville d’Alexandrie, ville qui ne dort jamais pendant l’été. (Figure 2)

                                                                          Figure 2 : Plage al maamoura

À cette affluence est venu s’ajouter l’engouement autour de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations). Lors des matchs de l’Égypte le pays été complètement immobilisé, les cafés pleins à craquer, klaxons et sifflets retentissent dans les rues. Finalement, la défaite de l’Égypte le 6 juillet face à l’Afrique du Sud, a retenti comme un coup de tonnerre dans le pays éliminant définitivement l’Égypte de sa coupe.

                                                                           Figure 3 : Photo d’un café local, Mancheya

Depuis notre dernier séjour à Alexandrie l’année dernière, la corniche a profondément changé. Il semblerait que des solutions aient tentés d’être apportées face au problème de la montée des eaux. En effet, des blocs de bétons (Figure 4) ont été aménagés sur une bonne partie de la corniche, permettant de protéger les habitants des fortes vagues et du débordement de la mer sur les terres. Cependant, ces aménagements ont également été accompagnés, d’une manière assez paradoxale, de nombreuses constructions de cafés et de clubs érigés sur la corniche même, et ce, au même niveau que celui de la mer. Nos recherches sur le terrain sont ainsi l’occasion de comprendre quelles sont les dynamiques qui ont permis d’aboutir à ce type de construction malgré la présence officielle d’une réglementation interdisant les constructions de bord de mer.

                                                                            Figure 4 : Constructions au niveau de la corniche, Bahri

Enfin, il a été intéressant dès notre arrivée de parler avec les habitants de la ville à propos des constructions et de constater une sensibilisation de la population assez inégale face à ce genre de problématiques environnementales qui nous interroge aussi sur la place du changement climatique et de la montée du niveau de la mer dans le quotidien et le tissus urbain d’Alexandrie. Nous tâcherons donc également de nous interroger sur la place de la société civile dans la reconfiguration de la fabrique urbaine d’Alexandrie à l’heure où urgence écologique et démographique constituent des inquiétudes et des challenges de taille pour la ville.

Team Alexandrie

Emma et Manon – La ville durable au Maroc : Zenata, premiers enseignements

Touché par une forte pression démographique, le Maroc a amorcé en 2004 le Programme des Villes Nouvelles. Ce dernier avait pour ambition de créer une quinzaine de villes d’ici 2020 permettant à terme, d’accueillir plus d’un million d’habitants. Cette stratégie de planification urbaine est à replacer dans un contexte plus global : celui d’une volonté politique et royale de lutter contre le fléau de l’habitat insalubre au Maroc. Cependant, le bilan enregistré révèle un décalage conséquent avec les ambitions initiales :  retards dans la construction de logements, d’équipements publics et d’infrastructures d’accès. Ces grands projets urbains n’ayant pas bénéficié d’une véritable réflexion en amont sont réduits à de grands projets résidentiels et peinent à devenir attractifs.

Face à ces dysfonctionnements, l’éco-cité Zenata souhaite marquer une véritable rupture avec ce programme. Pour pallier au problème d’attractivité, elle mise sur la mixité fonctionnelle pour attirer les premiers résidents. Elle commence par valoriser son territoire à travers la création de trois pôles “ locomotives” (santé, éducation, commerce), la création d’infrastructures d’accès et d’équipements de proximité.

 

 

 

 

 

Aussi, à travers la labellisation d’éco-cité, nous assistons à changement de paradigme dans la stratégie de planification urbaine, passant d’une logique de ville nouvelle à une logique de ville nouvelle durable. Effectivement, Zenata adopte une démarche d’éco-conception qui amorce une nouvelle manière de penser l’urbanisme. L’aménagement urbain prend en compte les trois piliers du développement durable. Pour réussir ce défi, la Société d’Aménagement de Zenata, créée par la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc en 2006, a lancé une première phase de conception de six ans. Au travers d’appels d’offre, elle a bénéficié de l’expertise de nombreux bureaux d’études spécialisés lui permettant, à terme, d’acquérir une conception transversale et systémique de son projet d’aménagement. L’une des autres particularités du projet de l’éco-cité de Zenata est la prise en compte d’une des spécificités de son territoire : la présence de bidonvilles. Effectivement, le site est actuellement habité par une population d’environ 30 000 personnes dont 94% occupent le territoire de façon informelle. Contrairement aux autres projets de villes nouvelles où l’expropriation était majoritairement de vigueur, un Plan d’Action de Réinstallation (PAR) de ces populations est actuellement en cours. Ce PAR était l’une des conditions des bailleurs de fonds qui jouent un rôle majeur, autant dans le financement que dans le suivi du projet. Par l’appropriation des standards internationaux, la SAZ érige l’éco-cité Zenata en plateforme de test pour de nouvelles pratiques urbaines au Maroc.

Il s’agit toutefois de mettre en lumière certaines limites du projet, qui suscitent nos interrogations : la prospective, la gouvernance, la pratique. D’une part, le projet en toujours en phase de conception, et seulement au commencement de sa phase de réalisation. Ainsi, il nous est difficile de prendre du recul sur la durabilité du projet. D’autre part, se pose la question de la gouvernance de l’éco-cité Zenata puisque la commune de Aïn Herrouda manque de moyens humains comme financiers. De manière générale, nous avons pu constater que le développement urbain durable relève en majeure partie du pouvoir central : il est surtout impulsé dans une logique « top-down » d’imposition d’un modèle aux citoyens. Le manque de démocratisation de l’action publique est caractéristique de la gouvernance urbaine dans le pays. À Zenata, la concertation et la participation citoyennes dans le projet ne sont pas encore complètement effectifs. Enfin, si le développement urbain durable est amorcé dans la conception de la ville, il nous semble pertinent de questionner les usages futurs de l’éco-cité. Si le royaume s’est lancé dans le développement durable, la société marocaine est encore très peu sensibilisée aux enjeux environnementaux. De manière générale, « la ville marocaine n’est pas encore érigée en projet de société commun suffisamment démocratisé, partagé et approprié par ses citadins » (Conseil économique social et environnemental, 2017, 16). Ainsi, il s’agira de s’intéresser à l’accompagnement des citoyens dans l’usage de la ville durable, que ce soit par les pouvoirs publics, les acteurs privés ou la société civile.

Aussi, nous sommes amenées à appréhender la notion de transition dans le contexte local au sein duquel nous travaillons. De manière générale, au Maroc comme dans de nombreux pays arabes, force est de constater la « diffusion indéniable du développement durable […] concomitante d’une financiarisation et d’une privatisation croissantes des mécanismes de production de la ville […] d’autant que le néolibéralisme semble bien soluble dans un certain développement durable pratiqué par certains opérateurs, particulièrement du secteur privé » (Barthel et al., 2015, 28). Il semble alors nécessaire de redéfinir la notion de transition entendue par Rob Hopkins comme un véritable changement de modèle économique et social. Le Maroc est un pays à revenu intermédiaire à la recherche d’une croissance économique, que ce soit pour se renforcer au niveau national, ou bien se positionner à l’échelle continentale ou mondiale. Au niveau local, l’éco-cité Zenata est en grande partie destinée à la classe moyenne “émergente”, en réalité plutôt aisée. Tout de même, si elle demeure encore fragile, la construction d’un agenda national d’urbain durable témoigne d’un « changement amorcé dans les modes de production de la ville » (Barthel et al., 2015, 28). D’autant que, pour Rob Hopkins, le changement doit s’appréhender selon une approche « transthéorique » : il ne se produit pas d’un seul coup, mais se déroule par degrés ou par étapes. C’est le cas de l’éco-cité Zenata qui illustre la transition, au Maroc, d’un état à un autre : celle d’une stratégie de planification urbaine non durable à un modèle de développement urbain plus soucieux des enjeux de durabilité.


Bibliographie 

Barthel Pierre-Arnaud, Clerc Valérie, Philifert Pascale, La ville durable précipitée dans le monde arabe ; essai d’analyse généalogique et critique, Environnement Urbain, vol.7, 2013

Barthel Pierre-Arnaud, « L’exportation au Maroc de la « ville durable à la française », Métropolitiques, 2014

Conseil économique social et environnemental, Réussir la transition vers des villes durables, 2017

Harroud Tarik, Le programme des villes nouvelles au Maroc : rupture ou prolongement d’un urbanisme de rattrapage ?, Revue Internationale d’Urbanisme, juillet-décembre 2017

Hopkins Rob, Manuel de transition. De la dépendance au pétrole à la résilience locale, Montréal : Ecosociété, 2010,

Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace, Villes nouvelles, villes satellites, Colloque journées d’études, le 14 et 15 décembre 2004, Rabat